L’anxiété de performance : pourquoi et comment la dompter?

L’anxiété de performance : pourquoi et comment la dompter?

Le film « Le Guide de la famille parfaite » sorti sur nos écrans récemment met en lumière le phénomène de l’anxiété de performance, un fléau qui fait souffrir de plus en plus de jeunes et leur entourage. Mais qu’est-ce que l’anxiété de performance exactement ? Comment se développe-t-elle et qu’est-ce qui l’alimente? Voici quelques pistes de réponses avec Nathalie Parent, psychologue et auteure de plusieurs livres sur la question.

La réussite à tout prix

 

L’environnement social dans lequel nous vivons valorise à l’extrême la performance et la réussite individuelle. Par conséquent, la peur de l’échec est grande et les appréhensions face aux évaluations démesurées.

« À l’école, dans les sports ou les activités artistiques, on évalue les élèves sur le résultat plutôt que sur l’effort. Pourtant il n’y a pas qu’un seul chemin pour aller où l’on veut, et parfois la vie nous amène ailleurs » 1, tempère Nathalie Parent.

La psychologue estime que l’on accorde une trop grande importance aux notes et aux études postsecondaires pour tous les enfants, peu importe leurs intérêts.

« Il n’y a pas que les résultats scolaires et l’école qui définissent quelqu’un. Je pense au fondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté. Saviez-vous qu’il quitté la maison à l’âge de 14 ans pour parcourir les rues du Québec et de l’Europe pour faire valoir ses talents d’accordéoniste et de cracheur de feu? Et pourtant, il a bien réussi dans la vie! »

Quelles sont les sources de l’anxiété de performance?

 

Il arrive que l’anxiété de performance se développe dès les premières années de scolarisation lorsque les attentes des parents à l’égard de l’enfant sont irréalistes.
« Il arrive aussi que la pression ne vienne pas des parents comme tels, mais des enfants qui cherchent à faire mieux que leurs parents hyper performants »2 , affirme Mme Parent.

Certains jeunes vivent de l’anxiété de performance parce qu’ils se comparent trop aux autres, notamment sur les réseaux sociaux.

Mais comme l’indique la psychologue, les adolescents ne sont pas les seuls à vivre de l’anxiété.

« Les parents se mettent eux-mêmes beaucoup de pression à vouloir tout donner à leurs enfants : une éducation de qualité, des cours de perfectionnement, les sports, les arts, etc. Ça part d’un sentiment de bonne volonté, mais les jeunes finissent par se sentir étouffés sous toute cette pression. » 2

Comment se manifeste l’anxiété de performance?

 

L’anxiété de performance se traduit de plusieurs façons : crises d’angoisse ou de panique avant les examens, niveau de stress élevé durant les évaluations et différents troubles somatiques à l’approche des échéances (migraine, problèmes digestifs, tremblements, transpiration excessive, irritabilité et insomnie, etc.) 3

Si votre enfant vit des épisodes d’anxiété de performance, voici comment l’aider à agir sur ses pensées anxiogènes, sur ses émotions, sur ses réactions physiologiques et ses comportements.

Agir sur les pensées anxiogènes :

 

« Amenez votre enfant à focaliser ses pensées sur ce qu’il peut contrôler et sur ce qu’il peut faire pour bien étudier sans tomber dans le perfectionnisme. L’enfant anxieux peut se poser des questions comme : Sur quoi, est-ce que je peux lâcher prise? Qu’est-ce que je peux délaisser qui ne sera pas trop grave pour moi ? Lorsque les pensées anxiogènes l’envahissent, incitez-le à travailler sa respiration et à effectuer des exercices de détente pour améliorer sa mémoire » 4 , conseille Nathalie Parent.

Gérer les émotions :

 

« Encore une fois, la respiration est importante dans la gestion des émotions. Invitez votre enfant à prendre le temps de s’arrêter et prendre conscience de l’émotion qui l’habite, et de décortiquer ce qu’il ressent avec des questions comme : De quoi est-ce que j’ai peur? Est-ce que j’ai peur d’avoir de mauvais résultats? Est-ce que j’ai peur que mes parents se fâchent? Est-ce que j’ai peur d’avoir honte, d’être ridiculisé, d’être « looser », de ne pas être aimé ? 5

Le but de cet exercice est de faire prendre conscience à l’enfant que sa vie ne dépend pas d’un résultat scolaire, et que les notes ne sont pas une finalité en soi.

« L’enfant anxieux doit apprendre à tolérer le fait qu’il puisse avoir peur, être anxieux ou stressé. Ce sont des émotions qui font partie de la vie, et qui peuvent parfois, servir de moteur pour avancer », explique la psychologue. 5

Agir sur la réponse physiologique :

 

« Ici, l’hygiène de vie est très importante », prévient Nathalie Parent qui conseille aux jeunes qui souffrent d’anxiété de performance de fermer leurs écrans au moins une heure avant d’aller au lit pour éviter l’effet de la lumière bleue sur la qualité du sommeil.

La psychologue conseille aussi de :

  • Dormir suffisamment la veille d’un examen ;
  • Manger et boire suffisamment pour bien s’hydrater ;
  • Prendre des pauses d’étude pour voir des amis, rire, aller prendre une marche, bref pour s’oxygéner le cerveau. 6

 

Derniers conseils aux parents

 

Nathalie Parent exhorte les parents de se préoccuper davantage de la santé mentale et du bien-être de leurs enfants que de leurs résultats scolaires, et aussi de tracer une ligne nette entre leurs propres réussites et celles de leurs enfants.

Comme dirait Rose à son père dans le film « Le Guide de la famille parfaite » : C’est ma réputation, pas la tienne! C’est ma vie, pas la tienne!

Références aux livres de Nathalie Parent, psychologue : 

1 . Parent, N. (2019). Enfants stressés. Michel Lafon.
2 . Parent, N. (2020). 10 questions sur l’anxiété de performance. Éditions Midi Trente.

3. Parent, N. (2015). Alex, surmonter l’anxiété à l’adolescence. Éditions Midi Trente.
4. Parent, N. (2019). Enfants stressés. Michel Lafon.

5. Parent, N. (2020). 10 questions sur l’anxiété de performance. Éditions Midi Trente.
6. Parent, N. (2019). Enfants stressés. Michel Lafon.

Par Marie-Claude Veillette en collaboration avec Nathalie Parent, psychologue. Toute reproduction interdite sans l’autorisation de l’auteur. — Tous droits réservés.