La résilience, qu’est-ce que c’est ?

La résilience, qu’est-ce que c’est ?

On parle beaucoup de résilience depuis le début de la pandémie pour rappeler aux gens d’être solides et de s’adapter à la réalité. Mais qu’est-ce que ça veut dire au juste ? Est-ce que faire preuve de résilience se résume au simple fait d’être en mesure d’affronter une épreuve plutôt que de se laisser abattre ? La psychologue Nathalie Parent nous fournit des pistes de réponse.

Qu’est-ce que la résilience ?

 

« J’aime bien illustrer le concept de la résilience en utilisant la définition du mot en lien avec la physique ou l’agronomie par exemple. »

« En physique, on dit que c’est la capacité des matériaux à absorber l’énergie d’un choc en se déformant, et en agronomie, on évoque la capacité du sol à recommencer à vivre après une inondation ou un incendie. Bref, c’est la faune et la flore qui reprend, mais différemment de ce que c’était avant. »

« La résilience, c’est un peu ça. »

« C’est notre capacité comme individu à rebondir face à un choc, à un traumatisme ou à des événements de la vie. »

On peut très certainement faire le lien avec la pandémie…

 

« Oui tout à fait. La résilience, c’est notre capacité à s’adapter à une réalité. »

« Notre vie, notre intérieur, notre façon de penser, notre façon de voir les choses ne sera plus exactement comme avant, un peu comme si notre vie avait fait l’objet d’une modification. »

« Malgré tout, on arrive à continuer, à s’actualiser et à trouver des choses qui sont plaisantes dans la vie. »

« Le concept de la résilience intéresse les auteurs depuis longtemps, mais on peut dire que c’est le neuropsychiatre Boris Cyrulnik qui l’a popularisé avec des livres comme Un merveilleux malheur ou Résilience ou Comment renaître de sa souffrance (La). »

 

Qu’est-ce qui fait que certaines personnes réussissent mieux que d’autres à affronter l’adversité et à s’y adapter ? La pandémie en est un bon exemple… certaines personnes sont passées facilement au travers alors que d’autres ont souffert de dépression ou d’anxiété.

 

« La résilience, c’est multifactoriel. »

« Il y a des études sur le stress qui nous ont démontré que si on a vécu des stress importants — des traumatismes même — très tôt dans l’enfance et qu’il n’y a pas eu une personne significative pour nous aider, plus tard à l’âge adulte, on risque d’avoir plus de difficultés. J’en parle plus à fond dans mon livre intitulé Enfants stressés paru chez Michel Lafon. »

« Donc, ça prend au moins une personne significative dans la vie de l’enfant pour l’aider à traverser les moments difficiles. Une personne qui a vécu des traumatismes pourrait aussi à l’âge adulte aller faire le ménage dans son passé pour favoriser la résilience. »

« Boris Cyrulnik dit souvent : « Si vous voulez vous faire la guerre, restez prisonnier de votre passé. »

« Donc, comprendre notre passé, c’est en quelque sorte s’en libérer pour se donner la capacité de s’adapter aux prochains événements difficiles. »

« En résumé, ce qu’on a reçu étant plus jeune joue dans notre capacité à être résilient. Boris Cyrulnik parle de tuteur de résilience. »

« Il peut s’agir d’une enseignante, d’un coach, d’un oncle, d’une tante ou de grands-parents qui ont cru en nos capacités et qui ont porté sur nous un regard bienveillant. »

« Juste le fait d’avoir eu une personne significative qui nous a accompagné lors des événements plus difficiles peut faire en sorte qu’une fois adulte on arrive à traverser d’autres épreuves dans la vie en sachant qu’on sera capable de s’en sortir. »

Comment devient-on résilient ?

 

« On parle ici d’atouts individuels. »

« Les personnes résilientes ont souvent une bonne sociabilité. Elles sont capables d’empathie et utilisent beaucoup l’humour. »

« Il s’agit souvent de gens plus extravertis, donc qui sont capables de parler de ce qui se passe. »

« Les gens résilients ont vécu un attachement sécurisant étant enfant, et ce sont souvent des gens créatifs. »

« Le fait de transposer ce qu’on vit à l’intérieur de soi en quelque chose de créatif, ça aide beaucoup. »

« Je pense aux musiciens, et même à plus petite échelle juste le fait de faire de la peinture chez soi, réorganiser une pièce ou construire un patio par exemple, favorise un processus de résilience. »

On l’a vu beaucoup durant la pandémie…

 

« Oui en effet, les gens ont été créatifs et c’est tant mieux ! La créativité et les idées créatives nous aident à surmonter les problèmes qui se posent à nous. »

« Et aussi au niveau relationnel, le fait d’avoir des amis où il y a un soutien, un partage, bref une amitié réciproque qui nous permet de nous confier ça aide, tout comme le fait d’éprouver du plaisir avec des amis qui sont importants pour nous. »

Nous avons parfois tendance à confondre résilience et force de caractère, quelle est la différence ?

 

« Lorsqu’on pense à force de caractère, on pense à quelqu’un qui est affirmé, presque coupé de ses émotions ; une personne qui ne pleure pas. Mais ce n’est pas ça, bien au contraire. »

« La capacité de réguler nos émotions, d’être en contact avec notre peine, d’être en contact avec notre tristesse ou nos autres émotions sans avoir à les décharger sur les autres, c’est faire preuve de résilience. »

« La capacité que l’on a à accueillir nos émotions va nous aider à affronter les événements. »
La résilience est-elle innée, ou la développe-t-on en surmontant les épreuves de la vie ?

« Comme je disais, ça se construit tout petit dans notre enfance. »

« Déjà de venir au monde dans la souffrance… et après comme bébé lorsqu’on a faim, on ressent de la souffrance. Ça fait mal… on pleure, et finalement, on nous nourrit. »

« La réponse externe à la souffrance que l’on vit va nous aider. »

« S’il n’y a pas eu de réponse adéquate à nos souffrances dans l’enfance, il y aura forcément un manque. »

« Mais, il y a aussi après cela la capacité d’aller chercher ou d’être en contact avec d’autres modèles de personne qui vont nous aider. »

« Boris Cyrulnik bâtit beaucoup la théorie de la résilience sur le milieu environnant ou sur une personne significative. »

« Si on n’a pas eu de personne significative dans notre vie, on peut très bien se développer comme adulte, mais il peut arriver qu’un événement de la vie nous jette par terre, et nous force à aller consulter pour nous aider à devenir résilient. »

Qu’est-ce qu’on peut faire concrètement pour être plus résilient ?

 

« D’abord, les besoins de base doivent être comblés ; ne serait-ce que manger, dormir, s’hydrater, bref travailler sur la base, puis faire des choix plus santé. Éviter de se lancer dans l’alcool, la drogue, etc. ».

« L’activité physique aide aussi à l’équilibre du corps, c’est prouvé. »

« Si on bouge un peu — pas besoin de se lancer dans une activité physique extrême —, on peut simplement aller marcher ou se retrouver en nature par exemple. Ces choix santé sont bénéfiques pour le corps, et par ricochet pour l’esprit. »

« Rappelez-vous que si on veut travailler le psychologique, il faut aussi être bien dans son corps. Les deux sont interreliés. »

« Prendre soin de son corps c’est important, mais il faut aussi prendre le temps de respirer et de trouver des activités qui nous font du bien, etc. »

« Les exercices de détente peuvent aussi aider. »

Est-ce que la résilience est une aptitude qui s’acquiert une fois pour toutes ? C’est-à-dire que si on a fait preuve de résilience dans une situation, est-ce qu’on sera capable de faire preuve de résilience après avoir traversé une autre période traumatisante dans le futur ?

 

« C’est une bonne question… je ne pense pas. »

« Je pense qu’on peut se donner les moyens, et s’appuyer sur nos expériences passées où on s’en est sorti, mais qu’à différents stades de notre vie, on peut être confronté à des événements qui peuvent nous submerger. »

« S’il y a plusieurs éléments de stress qui arrivent en même temps, c’est possible que comme personne on soit surchargée et qu’on n’arrive pas à faire preuve de résilience. On n’a qu’à penser à la pandémie. Qui aurait cru que nous étions pour vivre cela ? Nous avons été confrontés à plusieurs facteurs de stress en même temps (isolement, perte d’emploi, inquiétudes de tous genres…) et des émotions plus difficiles (solitude, rage, impuissance…). »

« Dans ces situations, oser consulter en psychothérapie démontre une capacité de résilience. »

 

Entretien avec Nathalie Parent, psychologue
Propos recueillis par Marie-Claude Veillette